Heureux qui vit en Bretagne….

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Si vos pieds vous mènent de par les rues ou sentiers, vous avez certainement aperçu boutons et fleurs de Camélia. Autrefois, la fleur se pavanait dans les jardins chinois et japonais d'octobre à mai. Tout le monde l'aimait car elle était facile à cultiver. Les Japonais en ont fait le symbole de l'immortalité. Les chinois, eux ont préféré l'associer à la générosité. C'est l'impératrice Joséphine qui, charmée par sa beauté, a lancé la mode du camélia. Mais les modes passent et le camélia disparaît des boutonnières pour atterrir dans les jardinières. Le camélia doit son nom à un jésuite  le père Georges Joseph Camel qui l'a découvert en 1700 lors d'un voyage en Chine. Le botaniste Linné, en hommage au père Camel, baptisa cette fleur Camélia.
Durant votre promenade, votre œil n’a pas manqué de repérer les premiers boutons d’hortensia. La bonne terre bretonne riche en alumine et la fée des fleurs les font bleuir de plaisir. L’inventaire ne serait pas complet si je ne vous parlais pas de l’ajonc.
Il symbolise le renouveau, la promesse d'une nouvelle croissance, le délicat équilibre entre le jour et la nuit, l'espérance de l'illumination, et la foi.
Au moyen-âge les ajoncs repoussaient les sorcières qui les avaient en horreur car ils représentaient la clarté opposée aux ténèbres. C'est la raison pour laquelle les gens apeurés chassaient ces femmes redoutées en agitant des ajoncs au-dessus de leur tête, et en frappant le sol tout autour de leur maison ou de leur cabane lorsqu'ils vivaient en forêt. Mais pourquoi les ajoncs sont-ils toujours en fleurs ? Voici un extrait de légende qui répondra à votre curiosité !
Sur la lande d’hiver, la petite reine Radegonde, est poursuivie par les soldats roux du roi Clotaire. Grandement effarouchée, elle cherche vainement un coin où se terrer dans la plaine sans abri, couverte seulement d’herbes sèches et de broussailles épineuses au ras de terre.
Le gorge-rouge apitoyé volète autour d’elle, lui criant de place en place quel chemin il faut suivre. Le roitelet, qui s’intéresse à tout, qui se mêle de tout, mais cœur intrépide et généreux, veut aider à l’entreprise.
"Par ici ! Par ici ! Venez, dame, sous cette touffe d’ajoncs qui, la première de toute la lande, s’est avisée d’éclore trois boutons, pour fêter votre venue."
Radegonde, pauvre petite sainte, se blottit sous l’ajonc qui entrouvre ses branches, se gonflant tant qu’il peut pour lui reformer un toit.
Les soudards, arrivés au bout de la lande, se dressent sur leurs étriers sans rien découvrir.
"Nous l’avons pourtant vue courir devant nous, disent-ils tout déconfits. Où peut-elle s’être mussée ?
Mais la pie, aussi curieuse que bavarde, et nuisible comme le sont les bavards, ne sait pas se retenir de crier :
"Sous l’ajonc fleuri ! Sous l’ajonc fleuri !.."
Les reîtres, oyant ce crissement, se mettent en devoir de chercher le buisson assez fou pour arborer fleuron sous la rafale d’hiver. Radegonde, bien transie, prie de tout son cœur. Mais voici que la lande desséchée, d’un coup se trouve couverte d’un merveilleux manteau. Tous les ajoncs ont fleuri. Pas un brin qui ne porte pendeloque... Sous l’ajonc fleuri !... Il en est des milliers d’ajoncs chargés de grains d’or ! Sot et maudit oiseau ! Il se raille ! Un des archers perce la pie d’un javelot... C’est bien fait ! Les soldats tournent bride, abandonnant le pourchas ! Une voix passe qui dit :
"Bien, les ajoncs. Pour en garder mémoire, vous aurez désormais une fleur aux branches en toutes saisons."
Heureux, vraiment qui vit en Bretagne, terre privilégiée de la Fée des fleurs !