Rencontre avec Frédéric Naud

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Frédéric Naud, conteur, toulousain d'adoption, a présenté son spectacle au Strapontin devant un public très varié, adultes et enfants. Histoires et randonnées se succèdent pour le plaisir et l'hilarité de tous. C'est un loup qui raconte, et c'est bien un loup, et pas seulement un conteur, qui entre en scène dès la première seconde. Pourtant, pas de costume, pas de maquillage. Une démarche, un regard, un visage… une gueule !
Nous l'avons rencontré après son spectacle "Les contes du loup qu'en dit long", qu'il a donné au Strapontin à Pont-Scorff le 16 octobre 2007.
 
 

Monique : Le conte est sans cesse en évolution. J'ai remarqué que tu es très proche du public. La salle n'était pas dans une complète obscurité. Est-ce important pour toi de voir le public ?
 
Frédéric : J'aime le conte pour ce rapport privilégié avec le public. Même si la salle est un peu éclairée, je ne vois pas beaucoup les visages, mais plutôt des silhouettes. Il faut faire attention à la lumière sur le public. Parfois, dans les contes, on aborde des thèmes "tabou", intimes. Si le public est dans le noir, il se laisse plus facilement aller. En revanche, si on risque d'être vu par son voisin, il y a plus de réticences, de retenue.
 
Cecilia : On voit bien que tu as une relation très particulière avec le public. Tu maîtrises bien toutes ses réactions, comme si tu les prévoyais et comme si tu les décidais. Et tu en joues beaucoup, avec un plaisir partagé. Comment arrive-t-on à cela ?
 
Frédéric : C'est un travail qui se construit à l'avance. Mais parfois, les réactions du public ne sont pas du tout celles qu'on attend ! Par exemple, j'ai remarqué que les publics habitués au conte vont réagir très vite. Il est arrivé que des gens moins habitués assistent à un de mes spectacles, et restent impassibles. C'est assez déstabilisant, mais avec l'habitude et l'expérience, on s'en sort !
J'aime toutes les scènes, je raconte dans tous types de lieux, de la crèche à la petite salle de campagne, de la grande scène comme ce soir aux écoles et aux bibliothèques.
 
Anne-Marie : Tu résides actuellement à Toulouse. J'ai entendu dire que dans le sud, le conte a beaucoup moins de succès que par chez nous. Qu'en penses-tu ?
 
Frédéric : Il est vrai qu'en Bretagne il y a une véritable culture du conte. Ce soir, à Pont-Scorff, la salle était pleine et très présente. J'y ai trouvé une réelle écoute.
 
Monique : Comment es-tu arrivé au conte ?
 
Frédéric : J'ai fait mon objection de conscience en Nouvelle-Calédonie en 1993/1994. J'ai vécu dans une famille kanak. Le père de ma famille d'accueil était conteur et c'est lui qui m'a initié au conte. Il m'a fait rencontrer d'autres conteurs, m'a parlé des contes, m'a raconté les mythes. De retour en France, j'ai essayé de raconter mais ça n'a pas marché. J'ai passé un an en Bretagne, chez Rose, une amie, sans raconter, et puis, j'ai rencontré Jude Le Paboul et j'ai raccroché au conte.
 
Cecilia : Tu as fait partie de l'association Il était une fois... Pourrais-tu nous raconter un souvenir, un moment qui t'a marqué ?
 
Frédéric : Bien sûr ! C'est tout simplement ma rencontre avec Jude Le Paboul. Lorsque je séjournais chez Rose, j'ai eu un rendez-vous avec l'inspecteur d'académie afin d'obtenir un agrément pour intervenir en milieu scolaire. Il fallait que je me produise devant une classe. Je suis arrivé maquillé, grimé, déguisé en singe. Au fond de la classe, il y avait l'inspecxteur d'académie et Jude Le Paboul. C'était lui qui s'occupait jusque-là des interventions de conte dans les écoles. Je vois encore Jude installé au fond de la classe, à me regarder avec ses yeux - et quels yeux ! - grand ouverts.
A la fin de la séance, Jude est venu me parler :
"La différence entre le conte et le théâtre est la même que celle entre l'être et le paraître".
Ca a été un coup terrible ! Jude m'a ensuite parlé de l'atelier conte qu'il animait, pour l'association Il était une fois. Le soir même, il y avait justement un atelier, et Jude m'a proposé d'y assister. Je me suis dit : "si tu veux continuer à conter, il faut que tu y ailles" Au cours de cet atelier, j'ai raconté une histoire de Nassredine. J'étais venu là pour conter ! A la fin de la soirée, Jude m'a dit :
"Je savais que tu étais conteur".
C'est cette soirée qui m'a fait revenir au conte, comme une nouvelle rencontre avec le conte.
C'était en 1997; je suis resté une année à Il était une fois...