Les randonnées

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Alors le bonhomme a appelé le loup qui se promenait à la lisière de la forêt et il lui a dit :
"Loup mange le chien !"
Le loup n’a pas voulu manger le chien.
Le bonhomme a appelé un ours.
"Ours, éreinte le loup !"
L'ours n’a pas voulu éreinter le loup.
Il a appelé le bœuf.
"Bœuf, éventre cet ours !"
Le bœuf n’a pas voulu éventrer l’ours.
Le bonhomme a été chercher des lanières de cuir et il leur a dit d'attacher le bœuf. Mais les lanières n’ont point voulu attacher le bœuf.
Alors il s'est adressé au rat :
Rat, ronge ces lanières !"
Le rat n'a pas voulu ronger les lanières.
Le bonhomme a appelé le chat et il lui a dit :
"Chat, mange le rat !"
Le chat n'a pas voulu manger le rat.
Il y avait, appuyée contre le pilier du pont une grosse poutre.
Le bonhomme lui a dit :
"Poutre, écrase le chat !"
Et la poutre n'a point voulu écraser le chat.
Alors il a allumé du feu et il, a dit :
"Feu, brûle cette poutre !"
Le feu a bien voulu brûler la poutre et la poutre a bien voulu tuer le chat ; le chat a bien voulu manger le rat ; le rat a bien voulu ronger les lanières; les lanières ont bien voulu attacher le bœuf et le bœuf a bien voulu éventrer l’ours; l'ours a bien voulu éreinter le loup et le loup a bien voulu manger le chien; le chien a bien voulu mordre la chèvre.
Et la chèvre a passé le pont.
Le bonhomme a continué sa route, il n’avait pas fait cent mètres qu'il a rencontré les paysans qui s'en revenaient, le marché fini ; et il a dû reconduire sa chèvre chez lui. C’était tout ce qu’elle désirait. Elle ne voulait pas être vendue.

Léon Pineau
Les contes du Grand Père - Librairie Delagrave 1934